Le 18 juin 1940, depuis Londres, le général de Gaulle lance son appel historique. La France vient de signer l’armistice, mais pour certains, le combat ne fait que commencer. La Résistance française naît dans l’ombre, portée par des hommes et des femmes de tous horizons qui refusent l’occupation.
Les débuts : des actes isolés
Les premiers actes de résistance sont spontanés et individuels : tracts distribués clandestinement, croix de Lorraine gravées sur les murs, aide aux prisonniers évadés. Progressivement, des réseaux s’organisent.
« La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! » — Général de Gaulle, 18 juin 1940
Les grandes figures
Jean Moulin (1899-1943)
Préfet d’Eure-et-Loir, il refuse de collaborer et rejoint de Gaulle à Londres. Parachuté en France en janvier 1942, il reçoit la mission de fédérer les mouvements de Résistance sous une seule autorité.
- Fonde le Conseil national de la Résistance (CNR) le 27 mai 1943
- Arrêté à Caluire le 21 juin 1943
- Mort sous la torture le 8 juillet 1943
Lucie et Raymond Aubrac
Couple emblématique de la Résistance lyonnaise. Lucie organise l’évasion spectaculaire de Raymond, arrêté par Klaus Barbie, en octobre 1943.
Missak Manouchian et l’Affiche rouge
Chef du groupe FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main-d’œuvre immigrée), ce poète arménien mène des actions armées à Paris. Arrêté et fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944.
« Bonheur à tous. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. » — Dernière lettre de Missak Manouchian à sa femme Mélinée
Les formes de résistance
La Résistance prend de multiples visages :
Résistance civile
- Presse clandestine : Combat, Libération, Défense de la France (250 journaux)
- Faux papiers : des milliers de personnes sauvées grâce à de fausses identités
- Sauvetage des Juifs : le village du Chambon-sur-Lignon accueille plus de 3 500 réfugiés
Résistance armée
- Sabotages : voies ferrées, lignes téléphoniques, usines
- Maquis : groupes armés dans les zones rurales (Vercors, Glières, Mont Mouchet)
- Renseignement : transmission d’informations aux Alliés
Résistance extérieure
- Forces françaises libres (FFL) : combattent sur tous les fronts
- BCRA : Bureau central de renseignements et d’action, depuis Londres
Le programme du CNR
Le 15 mars 1944, le Conseil national de la Résistance adopte un programme ambitieux pour la France libérée :
| Domaine | Mesures phares |
|---|---|
| Social | Sécurité sociale, retraites par répartition |
| Économique | Nationalisations (énergie, banques, assurances) |
| Politique | Suffrage universel élargi aux femmes |
| Liberté | Liberté de la presse, droit syndical |
| Éducation | Enseignement laïc et gratuit |
Ce programme a fondé le socle social de la France d’après-guerre.
Le prix du sacrifice
Le tribut payé par la Résistance est considérable :
- 20 000 fusillés par les forces d’occupation
- 60 000 déportés dans les camps de concentration (40 % n’en reviennent pas)
- 100 000 résistants morts au total
- Des milliers de civils victimes de représailles (Oradour-sur-Glane, Tulle, Maillé)
L’héritage
La Résistance a forgé les valeurs de la France contemporaine : solidarité, liberté, justice sociale. Son programme a donné naissance à la Sécurité sociale, au droit de vote des femmes et à la presse libre.
« Chaque Français qui ne se résigne pas doit devenir un soldat de cette France qui combat. » — Henri Frenay, fondateur du mouvement Combat
Aujourd’hui, les lieux de mémoire de la Résistance jalonnent le territoire : le Mont-Valérien, le Mémorial de la Résistance à Lyon, le plateau des Glières, le maquis du Vercors. Ils rappellent que la liberté a un prix, et que des hommes et des femmes ordinaires ont su se montrer extraordinaires.